Forte du pacte conclu entre l’Allemagne et l’URSS (Pacte germano-soviétique ou Pacte Ribbentrop-Molotov), l’armée rouge franchit la frontière Est de la Pologne le 17 septembre 1939.

Fin Septembre 1939, toutes les provinces de l’Est sont sous occupation soviétique et 230 000 militaires polonais (dont 8 500 officiers de l’armée et 6 200 officiers et fonctionnaires de police, de garde-frontières et de renseignements) sont faits prisonniers. Parmi ces prisonniers de guerre, on compte des officiers de tous grades, une douzaine de généraux et une majorité d’officiers de réserve issus de l’intelligentsia polonaise, ainsi que de nombreux aumôniers de différentes confessions. La plupart des aumôniers sont retirés des camps et assassinés à Noël 1939. À la fin du mois d’octobre, tous les officiers sont en détention dans les camps de Kozielsk, Starobielsk et Ostashkov. Le 5 mars 1940, en accord avec la motion adoptée par Lavrenti Beria, le Politburo du Parti Communiste Soviétique prend la décision d’assassiner 14 700 officiers prisonniers, ainsi que 11 000 membres de la Résistance polonaise anti-nazie retenus dans les prisons d’Ukraine et de Biélorussie occidentales, faisant alors partie de l’Etat polonais occupé par l’URSS. Joseph Staline signe l’ordre d’exécution et les prisonniers de guerre polonais sont massacrés au printemps 1940 dans les centres du NKVD (Commissariat du Peuple aux Affaires Intérieures) dans les forêts de Katyn, Tver et Kharkov.

 L’armée allemande, avançant vers l’Est, découvre les charniers de Katyn en avril 1943. Mises en causes, les autorités soviétiques nient la responsabilité des crimes et prétendent que ceux-ci ont été commis par les Allemands en 1941, ce que démentira le procès de Nuremberg en 1946.

 Durant toute l’ère de la République Populaire de Pologne (jusqu’en 1989), la vérité des massacres de Katyn a été délibérément falsifiée. Le sujet même était classé secret et les défenseurs de la vérité furent persécutés. Les familles des disparus n’étaient même pas autorisées à allumer des cierges sur les tombes symboliques de leurs proches. Tout changera radicalement après la naissance de SOLIDARNOSC (Fédération des syndicats polonais fondée par Lech Walesa en 1980). À partir de novembre 1981, de nombreux cierges furent régulièrement allumés au cimetière militaire de Powazki à Varsovie, devant une simple croix en bois portant l’inscription «Katyn 1940». Maintes fois les autorités communistes enlevèrent la croix, en vain.

 La vérité sur les massacres de Katyn voit progressivement le jour de façon publique entre 1981 et 1989. En 1990, les autorités soviétiques ont admis pour la première fois que des crimes avaient été commis par le NKVD. Deux années plus tard, Eltsine reconnut publiquement que ceux-ci avaient eu lieu sur ordre officiel de Staline. Depuis lors, la vérité, déjà connue quoique occultée s’est étoffée par des révélations officielles sur ce qui s’est passé au printemps 1940, dans la forêt de Katyn et dans les chambres de torture du NKVD à Smolensk, Tver et Kharkov et ailleurs en URSS. Des cimetières existent désormais pour les officiers polonais, mais de nombreux faits restent inconnus à ce jour et de nombreuses tombes de prisonniers de guerre polonais restent recouvertes par la végétation en territoire soviétique.

Textes rédigés avec la contribution d’Alexandra Viatteau, ancienne chargée de cours à l’université de Paris I I Panthéon-Assas, spécialiste de l’étude de la désinformation.

Auteure de :

- Staline assassine la Pologne, 1939 – 1947 / Editions du Seuil, 1999

- Katyn, l’armée polonaise assassinée / Editions Complexe à Bruxelles, 1982 puis 1989

- Katyn André Versailles, Editeur, Printemps 2009